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Sous presse

Les articles sous presse (acceptés pour publication) sont en ligne provisoirement dans cette rubrique dans l’attente de la publication du numéro complet auquel ils sont associés. Tous les articles ont suivi le processus d’évaluation de la revue (à double aveugle).

Les articles peuvent être cités en indiquant les informations suivantes:  Noms, prénoms des auteur(s), titre de l’article, année de publication.

Retombées et leçons apprises de la mise en place d’un programme de soutien aux familles (OASIS+)
Élise Milot, Marie Grandisson, Sarah Martin-Roy, Fanny Leblanc

Cadre de recherche : Au Québec, les besoins de répit et de soutien à la participation sociale des parents vivant avec un enfant autiste ou présentant une déficience intellectuelle (DI) sont nombreux et persistants. Cet article porte sur l’expérimentation d’OASIS+, un programme de soutien qui vise à répondre à de tels besoins en misant sur l’engagement d’étudiants dans des programmes professionnalisants.

Objectifs : Nos objectifs sont de documenter les retombées de l’expérimentation du programme OASIS+ sur les familles et les étudiants et d’identifier les leçons apprises à travers l’implantation.

Méthodologie : Un devis mixte a été utilisé avec des mesures réalisées avant, pendant et après l’expérimentation du programme auprès des parents, des étudiants et des membres du comité consultatif.

Résultats : Dix-sept familles et dix étudiants en travail social et en ergothérapie ont participé au programme OASIS+ entre septembre 2019 et mars 2020. Parmi les personnes accompagnées, 41 % présentaient une DI, 35 % étaient autistes et 24 % présentaient un double diagnostic. Les résultats indiquent les retombées suivantes pour les parents : une diminution du sentiment de surcharge parentale, une amélioration de leur participation sociale, une meilleure conciliation de leurs rôles familiaux, sociaux et professionnels. Les étudiants perçoivent une amélioration de leurs connaissances et de leurs compétences. Les leçons apprises touchent le recrutement, le jumelage, la formation et le soutien aux étudiants, l’offre de services, la coordination et la pérennité du programme.

Conclusions : OASIS+ est un programme innovant permettant de soutenir les familles dont un enfant autiste ou présentant une DI tout en contribuant à la formation d’une relève engagée.

Contribution : Une évaluation de programmes a permis de montrer la contribution d’OASIS+ dans le soutien aux familles et ainsi de dégager les éléments clés à considérer dans sa mise en place.

Mots-clés: famille, répit, évaluation des programmes, déficience intellectuelle, trouble du spectre de l'autisme, enfant handicapé

Former un couple dans la soixantaine : des possibles renouvelés ?
Chloé Dauphinais

Cadre de la recherche : Cet article, basé sur des analyses de mon mémoire de maîtrise en sociologie, porte sur les expériences de (re)mises en couple vécues plus tard dans le parcours de vie. Cela en s’intéressant aux couples formés dans la soixantaine et plus particulièrement aux modes de conjugalités adoptés.

Objectifs : Ces expériences conjugales sont explorées afin d’approfondir notre compréhension de la conjugalité en tenant compte de leur temporalité. Un intérêt particulier a été porté aux trajectoires de ces couples ainsi qu’à la dimension de mise en commun et la cohabitation en lien avec les différents arrangements du quotidien.

Méthodologie : Les analyses sont issues de dix entretiens individuels de types récit de vie et compréhensif menés auprès de personnes dont le couple s’est formé lorsqu’elles étaient âgées entre 60 et 68 ans.

Résultats : Former un nouveau couple dans la soixantaine apparait à ces partenaires comme une période favorable pour la vie conjugale, libérée notamment de certaines pressions associées à l’âge adulte. Les bagages du passé peuvent agir comme des ressources tant émotionnelles, relationnelles que matérielles pour ces relations de couple. Ces dernières sont marquées par le partage et impliquent nécessairement une gestion du quotidien, qui demande aux partenaires de trouver la « bonne distance » (gestion du temps et de l’espace personnel et conjugal).

Conclusions : Faire couple comporte toujours une mise en commun et ce peu importe le mode de conjugalité. L’équilibre entre fusion et autonomie s’articule dans différents arrangements et les potentiels de l’avancer en âge sont riches.

Contribution : Ces résultats montrent l’importance de tenir compte des âges de la vie dans l’étude de la conjugalité et comment les trajectoires de vie influencent les choix conjugaux dont ceux liés à la cohabitation.

Mots-clés: conjugalité, union libre, cohabitation, conjoints âgés, vieillissement, récits de vie

Prendre soin à distance : concilier éloignement et devoir filial auprès d’un parent âgé en Martinique
Myrtille Ferné

Cadre de la recherche : Ce travail aborde les enjeux auxquels sont confrontés les proches résidant loin de la Martinique lorsque leurs parents âgés deviennent dépendants, dans un contexte où les normes sociales et morales continuent d’en faire les acteurs principaux de l’aide aux personnes âgées.

Objectifs : Il convient de nuancer la théorie du déclin des solidarités intergénérationnelles en mettant plutôt l’accent sur les enjeux de vulnérabilité structurelle auxquels sont confrontées les familles à distance en Martinique.

Méthodologie : Des entretiens semi-directifs ont été menés auprès de trois proches aidants résidant hors de la Martinique. L’analyse aborde dans la durée l’évolution des arbitrages personnels et des types de ressources mobilisées pour tenter de concilier devoir de solidarité et autonomie avec la distance.

Résultats : Le fragile équilibre qui permet de pourvoir aux besoins du parent âgé à distance tient certes à l’arbitrage moral des proches, mais aussi à leur capacité à se rendre souvent sur place, à trouver des relais et à s’adapter à l’évolution des situations dans le temps. Du fait de l’insuffisance du système d’aide publique, les proches ont été poussés à recourir à l’aide gratuite et/ou non déclarée de femmes, reproduisant une «chaîne du care» basée sur des inégalités socio-économiques et de genre, voire à se réinstaller sur place au détriment de leur autonomie personnelle.

Conclusion : La situation migratoire et démographique de la Martinique prend racine dans les rapports asymétriques (post)coloniaux entre la France et ses régionsd’outre-mers. La fragilisation des rapports intergénérationnels d’entraide qui en résulte pose un enjeu de précarisation des conditions de vie des personnes âgées martiniquaises.

Contribution : Ce travail met en lumière des enjeux de la «famille à distance» en matière d’aide aux personnes âgées et enrichit les écrits sur le left-behind elderly dans le contexte peu exploré de la Martinique vieillissante.

Mots-clés: vieillissement, famille à distance, maintien à domicile, proches aidants, rapports intergénérationnels, politique publique, Martinique

L’album photographique : une famille affective ?
Doriane Molay

Cadre de la recherche : Avec la démocratisation de la photographie, la pratique de l’album de famille s’est généralisée. Les objets produits à partir d’instantanés, de textes, de dessins et de collages se sont imposés comme des structures fondatrices de communautés affectives singulières. Pourtant, depuis que cette pratique a intégré le champ de la recherche, le médium ne s’est considéré qu’au prisme de deux disciplines : la sociologie, laissant de côté l’étude des formes, et les théories de l’art, projetant un particularisme empêchant toute herméneutique.

Objectifs : L’objectif de cet article est de relire la pratique de l’album de famille au travers de sa matérialité de manière à en appréhender la portée pour les sujets représentés au sein d’un groupe dont il nous faudra comprendre les spécificités.

Méthodologie : Pour ce faire, nous nous appuierons sur les fonds du musée Niépce (Bourgogne, France) et la consultation de près de mille objets dont 219 en forment le cœur, albums photographiques principalement français réalisés de 1880 à 1980.

Résultats : Ce travail constatera l’importante fragmentation de l’espace de l’album qu’il envisagera comme un lieu qui réunit, conserve et sécurise l’expression sensible d’une famille fantasmée. Il examinera également l’album au prisme du jeu et des expérimentations des rapports sociaux qu’il permet.

Conclusions : Ainsi, l’album est au cœur d’une discipline, l’esthétique sociale, qui rend indéfectible l’interdépendance des dimensions esthétique et sociologique, témoignant de la portée expressive de l’objet lui-même.

Contribution : À notre connaissance, aucune étude n’a pris en compte un corpus suffisamment large et des disciplines souvent dissociées par la recherche de façon à considérer l’objet album de famille dans son entièreté, pour sa forme et son contenu.

Mots-clés: configuration familiale, construction identitaire, ordre symbolique, perceptions, photo de famille, pratique spatiale, public/privé, récits de vie

Motivations de couples d’hommes à adopter au Québec et leurs préférences pour l’âge, le sexe et l’origine ethnique de l’enfant
Éric Feugé, Thomas Girard-Pelletier, Charlotte Dupont

Cadre de la recherche : Comparativement aux femmes lesbiennes, les hommes gais font face à plus d’obstacles qui peuvent nuire à leur intention de devenir parent. En plus des contraintes biologiques, ils évoluent dans une société hétérosexiste qui accorde traditionnellement le rôle de donneur de soins aux femmes. De plus, la communauté gaie se définit souvent en dehors des responsabilités parentales. Au Québec, grâce à la loi 84 de 2002, les couples homosexuels ont accès à l’adoption domestique via la banque mixte qui leur permet de choisir plusieurs caractéristiques de leur enfant.

Objectifs : Le but de l’étude est d’examiner la genèse du désir de paternité de couples d’hommes au Québec et leurs motivations à choisir l’adoption domestique plutôt qu’un autre mode d’accès à la parentalité, ainsi que leur préférence pour l’âge, le sexe et l’origine ethnique de leur enfant.

Méthodologie : Des entretiens semi-directifs ont été menés auprès de soixante-neuf pères rencontrés à domicile. Les verbatim des entretiens ont fait l’objet d’une analyse thématique avec Nvivo.

Résultats : Les résultats indiquent qu’une majorité de pères entretiennent un fort désir de paternité depuis très longtemps et ont opté pour l’adoption principalement par considération altruiste. La plupart des pères n’avaient pas de préférence quant aux caractéristiques de leurs enfants sauf pour l’âge (moins de 2 ans). Lorsque des préférences étaient exprimées, elles étaient majoritairement pour des garçons blancs.

Conclusion : La discussion met en évidence que, dans le discours de ces hommes gais, leur désir de parentalité ne semble pas se démarquer de celui d’autres pères, mais que l’hétéronormativité a un impact sur leurs motivations à devenir des pères adoptifs. Les stéréotypes de genre et l’intersectionnalité sont également abordés pour expliquer les préférences en lien avec le sexe et l’origine ethnique des enfants.

Contribution : Cette étude vient pallier le peu de données sur les pères gais adoptifs au Québec. Elle aidera à dissiper les aprioris dont ils pourraient faire l’objet lors d’un processus d’adoption.

Mots-clés: pères gais adoptifs, hétéronormativité, intersectionnalité, genre, origine ethnique

Caractéristiques individuelles des parents impliqués dans des conflits sévères de séparation : perceptions des professionnels psychosociaux et judiciaires
Amylie Paquin-Boudreau, Karine Poitras, Élisabeth Godbout, Francine Cyr

Cadre de la recherche : Les familles vivant un conflit sévère de séparation utilisent de façon disproportionnée les tribunaux, les avocats et les ressources psychosociales et sollicitent plusieurs systèmes simultanément. Les professionnels se sentent impuissants dans l’intervention auprès d’elles et tendent à entretenir des perceptions négatives à leur égard. Les caractéristiques individuelles qu’ils perçoivent chez les parents doivent être étudiées compte tenu de leur importance pour comprendre à la fois les dynamiques interpersonnelles de ces parents et les défis de l’intervention professionnelle.

Objectifs : La présente étude vise à identifier les perceptions des professionnels des domaines judiciaire et psychosocial quant aux caractéristiques individuelles des parents impliqués dans des situations hautement conflictuelles.

Méthodologie : Une analyse de contenu thématique a été réalisée sur deux types de documents, soit les dossiers tenus par les psychothérapeutes participant au protocole Parentalité-Conflit-Résolution et les décisions judiciaires rendues dans les situations familiales ayant été admises à ce même protocole.

Résultats : Les discours des juges et des psychologues révèlent leurs perceptions quant aux caractéristiques individuelles des parents impliqués dans des situations familiales hautement conflictuelles, telles que la méfiance, l’opposition, le manque d’empathie, l’impulsivité, le manque d’introspection et d’autocritique et des mécanismes de défense immatures.

Conclusions : Cet article met en évidence les perceptions des professionnels des domaines judiciaire et psychosocial quant aux caractéristiques individuelles des parents impliqués dans des situations hautement conflictuelles qui génèrent des difficultés dans les relations interpersonnelles et souligne l’impact des systèmes judiciaires et de services psychosociaux dans le maintien et l’exacerbation de ces caractéristiques.

Contribution : Les résultats de cette étude documentent les perceptions des professionnels des domaines judiciaire et psychosocial quant aux caractéristiques individuelles des parents vivant un conflit sévère de séparation ; ce qui soutient les réflexions sur les besoins de ces familles et les défis auxquels font face les systèmes judiciaires et de services psychosociaux avec elles.

Mots-clés: famille, séparation conjugale, conflit familial, psychologie, système de justice

L’adultisme comme outil d’analyse critique : exemple appliqué à l’intervention sociojudiciaire auprès des jeunes vivant en contexte de violence conjugale
Pamela Alvarez-Lizotte, Caroline Caron

Cadre de la recherche: Dans cet article, nous proposons une analyse théorique et critique du rapport social d’âge, à la lumière d’un concept qui a émergé de perspectives sociales critiques dans les dernières décennies, soit l’adultisme.

Objectifs: Nous visons deux objectifs : 1) conceptualiser l’adultisme comme un système d’oppression qui entraîne des injustices épistémiques et 2) exemplifier comment l’adultisme peut se manifester de nos jours, en appliquant l’analyse à l’intervention sociojudiciaire auprès des jeunes vivant en contexte de violence conjugale (VC).

Méthodologie: Nous déconstruisons les rapports sociaux d’âge jeunes-adultes, tels qu’on les connaît au Québec, en réalisant une analyse théorique et critique basée sur les travaux de Collins (2000) ainsi que sur la documentation émergente au sujet de l’adultisme.

Résultats: L’adultisme est un système d’oppression formé, développé et perpétué par quatre domaines de pouvoir interreliés : hégémonique, structurel, disciplinaire et interpersonnel. En intervention sociojudiciaire, ces domaines de pouvoir constituent un obstacle majeur à la reconnaissance de l’agentivité épistémique des jeunes qui vivent en contexte de VC. L’adultisme contribue notamment à discréditer et à marginaliser les voix de ces jeunes ; en conséquence, leurs points de vue ne sont pas toujours sollicités, écoutés ou considérés dans les décisions prises concernant leur garde et les contacts père-enfants.

Conclusions: Via les quatre domaines de pouvoir, l’adultisme contribue au vécu d’injustice épistémique des jeunes et pose obstacle à la reconnaissance de leur statut d’acteur.

Contribution: L’article souligne le potentiel de transformation sociale d’une meilleure reconnaissance de l’adultisme, particulièrement dans l’intervention auprès des jeunes qui vivent en contexte de VC, ainsi que la pertinence de son utilisation comme outil d’analyse critique.

Mots-clés: adultisme, rapports sociaux d'âge, enfance, adolescence, violence conjugale, séparation, intervention sociojudiciaire


La conciliation emploi-famille chez les mères et les pères québécois en temps de pandémie : constats et recommandations pour le Québec
Sophie Mathieu, Diane-Gabrielle Tremblay

Cadre de la recherche : La crise sanitaire s’est traduite par des situations difficiles pour nombre de travailleurs, mais en particulier pour les parents, qui ont dû concilier leurs activités professionnelles et familiales, alors que les enfants étaient à la maison.

Objectifs : L’objectif de cette recherche est de comparer la situation de conciliation emploi-famille des pères et des mères québécois avant et pendant la pandémie.

Méthodologie : Nous utilisons des données d’enquêtes recueillies auprès de parents-travailleurs québécois en 2018, 2020 et 2021.

Résultats : Nous résultats permettent de faire trois constats, soit 1) l’existence d’effets genrés de la pandémie sur les travailleurs québécois 2) le rôle des employeurs dans la diminution du conflit emploi-famille, et 3) une certaine facilité rapportée dans la conciliation emploi-famille en période de pandémie.

Conclusions : La transition au télétravail qui a réduit les conflits de temps pour plusieurs parents, qui estiment, dans une plus grande proportion, avoir une conciliation emploi-famille facile en 2020 et en 2021, comparativement à 2018.

Contribution : Notre recherche permet de formuler des recommandations pour améliorer le soutien offert aux familles québécoises en termes de conciliation emploi-famille.

Mots-clés: conciliation emploi-famille, mère, père, pandémie, COVID-19

COVID-19, confinement et répercussions chez des étudiant.e.s universitaires espagnol.e.s : une analyse exploratoire
Miguel David Guevara Espinar , Joseph Josy Lévy

Cadre de la recherche : À partir des cadres théoriques de la qualité de vie et de la sociologie des usages des technologies, cet article qualitatif explore les conséquences du confinement à la suite de la pandémie de la COVID-19 parmi des étudiant.e.s espagnol.e.s de l’Université de Salamanque.

Objectifs : Cet article analyse l’impact du confinement sur la qualité de la vie des étudiant.e.s universitaires dans différentes sphères, que ce soit le résidentiel, la santé mentale, l’alimentation, la consommation d’alcool et de drogues, l’exercice physique, l’usage des technologies d’information et de communication (TIC), le travail académique, les répercussions financières et les stratégies de gestion (coping).

Méthodologie : Des entretiens exploratoires ont été menés auprès de 12 répondant.e.s (6 étudiants et 6 étudiantes) inscrits à l’Université de Salamanque sur les répercussions du confinement dans les différentes sphères de vie. Les transcriptions ont fait l’objet d’une codification et d’une analyse thématique pour en dégager les dimensions saillantes, les convergences et les différences dans l’expérience des étudiants.

Résultats : Cette étude a permis de dégager les répercussions positives et négatives du confinement à la suite de la pandémie de la COVID-19 sur la qualité de vie, de cerner le répertoire des réactions à cet événement extrême dans les différentes sphères de vie, et en particulier dans le recours aux technologies d’information et de communication au plan social et académique.

Conclusions :  Notre analyse permet de conclure que le confinement n’a pas été une période toujours problématique, mais qu’elle a permis l’exploration d’enjeux existentiels et de nouvelles conduites susceptibles de contribuer au développement personnel.

Contribution : Cet article contribue à la recherche sur la COVID-19 portant sur les étudiant.e. s universitaires à partir d’une perspective qualitative encore peu utilisée dans les travaux sur la pandémie.

Mots-clés: étudiant universitaire, Espagne, COVID-19, confinement, qualité de vie, technologie d'information et de communication

« Je m’ennuie beaucoup de mamie et papi ». Impacts des mesures sociosanitaires sur les liens grands-parents et petits-enfants
Isabel Côté, Christine Gervais, Sophie Doucet, Vicky Lafantaisie

Cadre de la recherche : La pandémie bouleverse le quotidien des familles depuis plus d’un an. En plus des craintes et des incertitudes liées au virus de la COVID-19, la pandémie a exigé de redéfinir plusieurs routines du quotidien, dont les activités et loisirs, l’accès aux services, le travail, la scolarisation et les relations interpersonnelles. Les enfants, peu susceptibles d’avoir la COVID-19, ont néanmoins vécu les contrecoups des mesures sociosanitaires mises en place pour y faire face.

Objectifs : En se basant sur l’approche centrée sur l’enfant, cet article cherche à comprendre de quelle façon la pandémie de la COVID-19 et les mesures sociosanitaires qui en ont découlées ont bouleversé la vie des familles, principalement la relation grands-parents/petits-enfants.

Méthodologie : Cette étude utilise un devis qualitatif longitudinal en trois temps de mesure en fonction des différents moments clés de la pandémie. Au total, 154 enfants et adolescents ont été rencontrés à trois reprises dans le cadre d’entrevues semi-dirigées via Zoom.

Résultats : Les résultats mettent en lumière les façons dont les petits-enfants et les grands-parents ont su s’adapter pour maintenir leur relation pendant la pandémie. Cette étude nous permet de constater que les petits-enfants s’inquiètent de la santé de leurs grands-parents, mais qu’ils souhaitent quand même avoir des contacts en personne avec eux, malgré les risques.

Conclusions : La relation entre les petits-enfants et leurs grands-parents est une relation affective et durable qui perdure et s’adapte en temps de crise.

Contribution : Cet article rend compte de l’importance des grands-parents dans la vie de leurs petits-enfants, et ce particulièrement en temps de crise. Il permet aussi de mieux comprendre comment les familles ont su s’adapter pendant la pandémie.

Mots-clés: grands-parents, enfant, adolescent, famille, lien familial, COVID-19

Heurts et bonheurs d’être ensemble. Le confinement en famille comme révélateur des caractéristiques et tensions de la famille contemporaine française
Evelyne Barthou, Yann Bruna Bruna

Cadre de la recherche : Cet article est basé sur la recherche TRANSICOVID qui a pour objet de recueillir l’expérience et le ressenti des personnes pendant la crise sanitaire liée au coronavirus et de mesurer leur impact sur les transitions sociale, écologique et numérique. 

Objectifs : L’objectif est de démontrer que les nouvelles expériences de (re)cohabitation, par la mise en pause de l’autonomie résidentielle juvénile, ont généré de vraies opportunités familiales, mais aussi des tensions, étroitement liées au retour soudain et parfois contraint au domicile parental. 

Méthodologie : Notre méthodologie est mixte puisque nous avons procédé à une analyse quantitative de 2383 questionnaires de jeunes adultes et de parents de jeunes adultes confinés avec eux ainsi qu’une analyse qualitative d’entretiens semi-directifs menés auprès de 36 parents et jeunes adultes. 

Résultats : Ces (re)cohabitations, fortement différenciées en fonction notamment des configurations familiales et des caractéristiques sociodémographiques des individus, se sont révélées favorables au resserrement des liens familiaux, aux activités communes, mais ont également fait l’objet de compromis plus ou moins tacites, de négociations et de tensions, d’où la nécessité du respect des espaces et des temps personnels, mais aussi collectifs. 

Conclusions : La famille, en particulier quand elle valorise le respect de chacun et l’horizontalité, continue de constituer un pilier central dans la construction de soi, en assurant tour à tour un rôle de réassurance, de soutien, de reconnaissance et de valorisation, mais aussi de distanciation et d’autonomisation.  

Contribution
 : Ce travail permet de mettre en lumière les transformations de la famille contemporaine française, en particulier au regard de la tension entre familialisation et individuation.

Mots-clés: conciliation famille-travail, (re)cohabitation, expérience résidentielle, parent, jeune adulte, espace, éducation, pratiques numériques, temps sociaux

Activités partagées et sociabilités familiales. Le cas des familles confinées avec enfants de 6 à 12 ans
Catherine Dessinges

Cadre de la recherche : La crise sanitaire engendrée par la Covid-19 a bouleversé la vie des Français, en particulier celle des parents avec des enfants de moins de 12 ans qui ont dû réorganiser leur vie familiale pour réapprendre à faire famille.

Objectifs : Cet article présente les résultats d’une recherche sur les activités partagées en famille durant le confinement et interroge les formes et les supports pris par les sociabilités familiales du foyer et hors foyer à l’aune d’une diversité de facteurs socio-économiques.

Méthodologie : L’étude s’appuie sur une méthodologie de type mixte combinant les résultats d’une enquête par questionnaire conduite auprès de 1731 parents d’enfants âgés entre 6 et 12 ans et des données qualitatives issues de 25 entretiens individuels téléphoniques.

Résultats : Les résultats de la recherche révèlent, du fait de l’isolement spatial, une forte augmentation des activités partagées entre parents et enfants avec des variations importantes pour les pratiques de loisirs selon notamment le genre parental, les facteurs socio-familiaux et la position face à l’emploi. Les sociabilités intra-familiales ont quant à elle particulièrement favorisé l’engouement pour les contenus audiovisuels alors que les technologies de l’information ont été fortement mobilisées pour réassurer le lien en dehors du foyer.

Conclusions : À l’échelle des familles avec enfants de 6 à 12 ans, l’arrivée de la Covid-19 a non seulement bouleversé, mais aussi intensifié et remodelé les dynamiques sociales familiales. En suscitant de nouveaux usages impulsés par l’absence d’échanges physiques, les technologies numériques de communication ont opéré une double médiation technique et sociale, à la fois en tant qu’outil et instrument des sociabilités.

Contribution : En apportant de nouvelles connaissances sur une crise sanitaire mondiale majeure, l’article vise à mieux comprendre les conséquences de la Covid-19 sur les organisations familiales. Il contribue ainsi aux recherches en sciences de l’éducation, mais aussi en sociologie des usages des technologies, en particulier chez les publics jeunes, et au savoir sociologique sur l’articulation entre pratiques numériques et vie familiale.

Mots-clés: jeunesse, famille, domicile, réseaux, socialisation, numérique, Internet, visionnement en ligne, divertissement connecté, lien familial, pratique familiale

La conciliation travail-famille chez les employés universitaires ayant des enfants de 11 ans et moins dans le contexte de la pandémie de la COVID-19
Eve Pouliot, Christiane Bergeron-Leclerc, Danielle Maltais, Jacques Cherblanc, Jacinthe Dion, Pascale Dubois, Ann-Sophie Simard, Gabrielle Ross, Anne-Renée Gravel, Oscar Labra, Cathy Vaillancourt, Taha Abderrafie Moalla

Cadre de la recherche : Bien que tous les résidents du Québec aient été affectés par la pandémie de la COVID-19 et par les mesures sanitaires et sociales mises en place depuis le 13 mars 2020, les parents occupant un emploi rémunéré ont été particulièrement affectés par les différents stresseurs engendrés par cette crise, et ce, tant dans leur vie familiale que professionnelle. Dans un tel contexte, il apparaît pertinent de se pencher sur les conséquences engendrées par la pandémie sur la conciliation travail-famille, et plus particulièrement sur les facteurs qui y sont associés.

Objectifs : La présente étude vise à documenter les caractéristiques personnelles, familiales et professionnelles associées à la conciliation travail-famille chez les employés universitaires ayant des enfants âgés de 11 ans ou moins dans le contexte de la pandémie.

Méthodologie : Les données utilisées pour la présente étude ont été collectées entre le 24 avril et le 5 juin 2020 par le biais d’un sondage en ligne. Au total, 217 membres du personnel de dix établissements du Réseau de l’Université du Québec (RUQ) ont rempli le questionnaire, comprenant notamment des questions liées à la conciliation travail-famille. Des régressions linéaires multiples ont permis de déterminer l’influence respective des facteurs associés à la conciliation travail-famille.

Résultats : De façon générale, cette étude indique que les employés universitaires ayant des enfants âgés de 11 ans ou moins présentent majoritairement un conflit travail-famille modéré ou élevé dans le contexte de la pandémie. Elle permet également de mettre en lumière certains facteurs susceptibles de favoriser ou de faire obstacle à la conciliation travail-famille dans cette population de parents, à savoir : le niveau de pression dans l’exercice du rôle parental, la satisfaction du partage des tâches liées aux soins et à l’éducation des enfants, la catégorie d’emploi, la stabilité du rendement au travail et le nombre de jeunes enfants d’âge scolaire.

Conclusions : Ces résultats soulignent l’importance de mettre en œuvre des programmes de soutien professionnels et familiaux ainsi que des mesures de répit pour les parents ayant de jeunes enfants d’âge scolaire, afin de les aider à concilier leurs responsabilités familiales et professionnelles en temps de crise.

Contribution : Bien que certaines études aient permis de documenter des facteurs associés à la conciliation travail-famille en temps de pandémie, ces dernières demeurent peu nombreuses et une seule a été réalisée en contexte québécois. Or, la conciliation travail-famille est susceptible d’être vécue différemment au Québec, qui se distingue des autres pays en ce qui a trait à sa politique familiale. De plus, cette étude est la première à s’intéresser aux employés universitaires, un groupe de travailleurs faisant partie des premiers à avoir été affectés par les fermetures des établissements scolaires au printemps 2020.

Mots-clés: conciliation famille-travail, parent, pandémie, COVID-19


Changement de statut migratoire et enjeux familiaux, professionnels et migratoires : une étude de cas
Monica Schlobach

Cadre de la recherche : La migration en deux étapes, soit le passage de résident temporaire à résident permanent, devient importante comme phénomène migratoire au Canada et au Québec. Elle entraîne des répercussions dans plusieurs sphères de la vie des migrants, que ce soit familiale, professionnelle ou migratoire.

Objectifs : Cet article cherche à approfondir les processus en jeu dans le changement de statut migratoire d’une famille brésilienne au Québec, qui passe de résidente temporaire à résidente permanente.

Méthodologie : L’étude a été effectuée à partir de données qualitatives issues d’entrevues répétées auprès du demandeur principal, professionnel en ingénierie, de sa conjointe et des enfants.

Résultats : Chacun des enfants ont, durant, trois ans, fréquenté l’école en anglais. À la suite de l’obtention du Certificat de sélection du Québec, chacun a été obligé de quitter l’école en anglais et de s’inscrire à l’école en français. Ceci a provoqué une rupture dans leur cheminement scolaire et a entraîné de nouvelles contraintes sur la mobilité socio-professionnelle et dans les projets de re-migration des parents.

Conclusions : Le déni de reconnaissance est vécu par chacun et chacune comme une épreuve, où chacun des membres de la famille a été assigné au statut d’étranger autant au niveau scolaire que professionnel.

Contribution : Cet article apporte un éclairage sur les enjeux familiaux, professionnels et migratoires du changement du statut migratoire. Il dévoile certaines conséquences souvent invisibles de la Charte de la langue française sur le parcours scolaire de certains enfants de parents migrants et la trajectoire professionnelle et migratoire des parents.

Mots-clés: changement de statut migratoire, parcours scolaire, migration en deux étapes, famille migrante, migrants hautement qualifiés, Charte de la langue française

« Svp partagez vos parcours ». Expériences administratives du regroupement familial en France et stratégies collectives en ligne face aux institutions
Julia Descamps

Cadre de la recherche : Le droit français garantit sur le papier aux immigré.e.s le « droit à une vie familiale normale », en permettant aux étranger.ère.s résidant régulièrement en France de se faire rejoindre par leur conjoint.e et leurs enfants mineurs.

Objectifs : Cet article se propose d’étudier la manière dont des immigré.e.s engagé.e.s dans un parcours de regroupement familial mènent les démarches administratives les concernant et s’y adaptent. Le dispositif institutionnel du regroupement familial est dédié à la sphère privée, mais fait pourtant l’objet de stratégies collectives au-delà du foyer : l’article se propose d’interroger les conditions de possibilité d’émergence de telles stratégies.

Méthodologie : L’analyse repose sur des observations au sein de groupes en ligne de «  retour d’expérience » sur la procédure du regroupement familial, et des entretiens semi-directifs menés entre septembre 2020 et janvier 2021 avec des membres de ces groupes.

Résultats : Les espaces en ligne constituent une instance de socialisation par le bas au droit au regroupement familial et révèlent un partage genré du travail administratif. Ils sont aussi le lieu de récits et de mobilisations collectives qui de fait, mettent en avant les parcours les plus exemplaires.

Conclusions : L’accès au droit au regroupement familial ne doit pas être analysé à la seule échelle du demandeur.euse qui effectue les démarches, mais à celle du couple, et à celle de la mobilisation collective. Le partage de la communauté a des effets contrastés sur l’expérience individuelle et collective du droit, entre soutien et encadrement moral des carrières administratives.

Contribution : L’article souligne l’agentivité des familles migrantes pour se réunifier dans le cadre du droit français, et notamment le rôle crucial des conjointes restées à l’étranger, souvent considérées comme les bénéficiaires passives du regroupement familial. Il invite à une réflexion sur l’intériorisation, par les immigré·es, des normes étatiques de sélection de l’immigration familiale.

Mots-clés: politiques migratoires, réunification familiale, droit, France, sociabilité électronique, famille transnationale

L’expérience scolaire des enfants de réfugiés syriens au cours de l’exil : du transit à la réinstallation
Liyun Wan

Cadre de la recherche : Cet article est basé sur une enquête ethnographique menée auprès d’une dizaine de familles de réfugiés syriens arrivées à Strasbourg après 2011.

Objectifs : On explicite les parcours scolaires des enfants, de la Syrie à la France en passant par les pays de transit (Liban, Turquie), afin de montrer les contraintes d’une scolarisation pendant l’exil, ainsi que les différentes formes de mobilisations familiales pour l’accès aux droits et la réussite scolaire de ces enfants.

Méthodologie : Cette enquête de terrain ethnographique mobilise des méthodes qualitatives telles que l’«observation participante » et le recueil de «récits de vie ».

Résultats : Les contraintes scolaires rencontrées dans les pays de transit sont liées aux limites de l’accès aux droits. Ces dernières créent des ruptures et placent les enfants en situation de retard scolaire au moment de leur arrivée en France. Les obstacles posés par les retards accumulés, la langue et les contenus enseignés conduisent parfois à des impasses. Malgré les difficultés, les familles sont aussi des actrices qui mobilisent différentes ressources pour assurer une poursuite de la scolarité à leurs enfants.

Conclusion : Les contraintes successives pendant l’exil amènent à s’interroger sur les institutions scolaires qui évaluent et catégorisent les élèves en oubliant leurs parcours. Que pourrions-nous envisager afin d’assurer une égalité de traitement entre des enfants ayant des parcours différents?

Contribution : Partant des nombreuses recherches existantes qui traitent des contraintes scolaires des enfants réfugiés d’un point de vue institutionnel, cette recherche explore la famille de l’intérieur afin de montrer le point de vue de ses membres. Elle relie la dimension institutionnelle à la dimension familiale et individuelle.

Mots-clés: réfugié syrien, scolarisation, mobilisation familiale, exil

Au long des parcours migratoires, jouer avec les statuts juridiques, recomposer les identités. Le cas de familles yéménites à Djibouti
Morgann Barbara Pernot

Cadre de la recherche : Depuis 2015 et l’entrée du Yémen en guerre, les migrations de travail d’hommes yéménites vers Djibouti laissent place à des migrations pluricausales, et notamment familiales. Cette pluralité des parcours migratoires s’accompagne d’une diversification des statuts juridiques dans ces familles.

Objectifs : En s’intéressant à des parcours migratoires de femmes et d’hommes sur plusieurs générations, avant et après la guerre, cet article vise à comprendre comment se construisent les relations des migrants aux statuts juridiques. Il a aussi pour objectif d’étudier les effets identitaires de ces différences de statut.

Méthodologie : L’article se fonde sur l’étude de parcours migratoires collectés dans le cadre d’une ethnographie d’une durée totale de six mois. Elle a été menée à Djibouti auprès de plusieurs familles yéménites. L’autrice y a réalisé de la « participation observante », a conduit des entretiens et a recueilli des récits de vie.

Résultats : Les parcours migratoires de générations de commerçants yéménites à Djibouti ont longtemps interrogé les statuts de travailleur étranger et de national djiboutien, ce qu’ils impliquent sur les plans matériel et identitaire et disent du contexte politique de l’époque. Les nouveaux parcours migratoires des familles de commerçants conduisent au déploiement d’une stratégie de diversification et de cumulation des statuts juridiques, avec notamment l’accès au statut de réfugié, ainsi qu’à une cristallisation de l’identité yéménite.

Conclusions : Tantôt stratégiques, tantôt identitaires, les relations qu’entretiennent les familles migrantes avec les statuts juridiques manifestent leur capacité d’agir face aux États et aux contextes politiques, sociaux et économiques.

Contribution : S’appuyant sur l’étude d’un cas original, cet article contribue à la compréhension des transformations des parcours migratoires en fonction du genre et des générations, à l’enrichissement de la connaissance des stratégies migratoires et de leurs implications identitaires.

Mots-clés: migration, parcours de vie, statut juridique, famille, génération, genre, Yémen, Djibouti

Faire famille entre le Mozambique et l’Allemagne : parcours biographiques de migrants mozambicains arrivés comme travailleurs contractuels en République démocratique allemande (RDA)
Ines Grau

Cadre de recherche : L’article porte sur les parcours d’anciens travailleurs contractuels venus du Mozambique en République démocratique allemande (RDA) dans le cadre d’accords bilatéraux entre 1979 et 1990. La fondation d’une famille était interdite à ces jeunes adultes lors de leur séjour, par définition limité et dédié uniquement au travail et à la formation. Après la chute du mur de Berlin, seule une minorité d’entre eux est restée en Allemagne. Pour certains, les constellations familiales ont joué un rôle décisif dans l’obtention d’un permis de séjour.

Objectifs : L’article tend à éclairer les impacts de ces dispositifs spécifiques à la guerre froide sur les parcours individuels, et en particulier sur les stratégies destinées à « faire famille ».

Méthodologie : Cette recherche qualitative en cours se base sur des récits de vie recueillis lors d’entretiens narratifs avec d’anciens travailleurs vivant en Allemagne aujourd’hui. Trois études de cas ont été choisies pour examiner, à titre d’exemples, les façons de « faire famille » dans ce dispositif spécifique du travail contractuel.

Résultats : Cette comparaison montre que l’interdiction de fonder une famille n’a été à long terme un obstacle pour aucun des trois enquêtés. Plusieurs stratégies ont été observées, comme le fait de déplacer la fondation d’une famille au Mozambique pendant la phase de travail contractuel ou reporter la fondation d’une famille en Allemagne à la période qui a suivi la résiliation des contrats, soit à partir de 1990.

Conclusions : Les structures familiales ainsi construites s’inscrivent dans de nouveaux espaces sociaux transnationaux co-construits par les enquêtés, qui s’entremêlent entre le Mozambique et l’Allemagne, ce qui favorise chez leurs enfants une appartenance multiculturelle et engendre de nouvelles formes de mobilité nord-sud.

Contribution : Cette approche permet de mettre en lumière des biographies d’anciens travailleurs mozambicains, dans le cadre de leur séjour en RDA, mais aussi dans une perspective plus large couvrant l’ensemble de leur parcours, de leur enfance jusqu’à nos jours.

Mots-clés: travail contractuel, guerre froide, Mozambique, Allemagne, espaces familiaux transnationaux, enquête biographique

« Communauté familiale », « communauté nationale » : les effets des constructions juridiques sur les socialisations au sein des familles maghrébines en France
Djamel Sellah

Cadre de la recherche : S’inscrivant dans le cadre des études sur les rapports ordinaires à la politique et celui des études migratoires, ce travail entend étudier l’objet classique des socialisations politiques au sein de la structure familiale, en y questionnant le poids des effets des constructions juridiques.

Objectif : Cet article observe les contradictions pouvant s’installer au sein de l’espace familial (« la communauté familiale ») du fait de l’exclusion de certains de ses membres de la « communauté nationale » en raison de leur statut juridique.

Méthodologie : Ce questionnement sera traité à partir d’un corpus d’une trentaine d’entretiens narratifs réalisés auprès de descendants d’immigrés maghrébins âgés de 18 à 45 ans résidant en Île-de-France et dont au moins un des parents est né dans un des pays du Maghreb.

Résultats : D’après nos résultats, le statut juridique différent entre membres d’une même famille ne provoque pas d’effet restrictif sur les transmissions politiques, car elles s’inscrivent dans un faisceau d’échanges plus large. Des adaptations et des stratégies communes peuvent toutefois être mises en place par ces membres dans des situations où le statut juridique s’impose comme contrainte, notamment au moment du vote. Certaines catégorisations issues des constructions juridiques peuvent s’illustrer au sein de l’espace familial à l’image de celle « du bon et du mauvais immigré », et ainsi mettre à l’épreuve les liens familiaux.

Conclusions : Comme toute problématique centrée sur une minorité ethnique, l’étude des socialisations politiques au sein des familles maghrébines impose des précautions épistémologiques. L’approche par le statut juridique nous a permis de limiter les écueils « culturaliste » et « évolutionniste ». Par ailleurs, une approche considérant les socialisations politiques dans leur contexte global offre la possibilité de capter des éléments de compréhension de certains phénomènes spécifiques aux familles immigrées.

Contribution :

Ce travail représente une première approche abordant la superposition de ces deux espaces symboliques. Il serait intéressant de continuer la réflexion entamée dans ce travail, afin de démêler avec plus de précision ce qui relève des socialisations primaires et ce qui tient des effets du statut juridique.

Mots-clés: socialisation, politique, politisation, ordinaire, famille, immigrée, Maghrébine, France, citoyenneté, nationalité


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