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No 27 - 2017

Âges de vie, genre et temporalités sociales
Sous la direction de Aline Charles, Laurence Charton, David Troyansky




Masculin et féminin, aîné et cadet : recomposition du statut d’aidant et des solidarités intergénérationnelles familiales au Sénégal
Sadio Ba Gning

Cadre de la recherche: Dans un contexte de faible solidarité institutionnelle au grand âge, les solidarités intergénérationnelles familiales sont confrontées au défi du vieillissement rapide de la population. Les hommes et les femmes sont amenés à connaître des périodes de vie de plus en longues, souvent marquées par la dépendance. Fortement présentes, les solidarités intergénérationnelles s’expriment de manière inégale suivant le genre et la génération des personnes âgées et des aidants. Au sein de la famille, les femmes occupent une place centrale en tant que principales pourvoyeuses d’aide pendant que les hommes sont perçus comme des contributeurs monétaires importants.
Objectifs : Le présent article réinterroge les rôles classiques et les changements de statut entre personnes âgées et aidants à travers la parentalité et la belle-parentalité. Le premier aspect de cette recherche s’intéresse à la relation entre beaux-parents et beaux-enfants de genre différent, tandis que le second évoque la relation qui implique parents et enfants de même genre dans un rapport d’aide.
Méthodologie : L’analyse s’appuie sur des données croisées d’enquêtes ethnographiques comparées entre le milieu rural et le milieu urbain, au nord et au centre du Sénégal. La collecte fait état de 70 entretiens dont 50 ont été réalisés avec des parents âgés et 20 avec des aidants adultes. Cet échantillon qualitatif est marqué par la prédominance des femmes âgées au moins de 60 ans, dont 3 sont âgés de 80 ans ou plus. Elles sont veuves, veuves remariées ou épouses dans des ménages polygames. Les hommes âgés entre 60 et 75 ans constituent moins du tiers de l’échantillon global, soit huit individus.
Résultats : L’étude révèle une persistance des inégalités de genre et de génération dans les solidarités intergénérationnelles. Elle met en évidence des temporalités du vieillissement progressif et différentiel entre hommes et femmes ainsi que de nouvelles configurations du statut d’aidant, à travers les figures de l’épouse active et de l’aîné masculin déchu. Les modalités de l’aide aux parents âgés, négociées au quotidien, ont tendance à s’inscrire dans des stratégies individuelles et de couple. Par la délégation des activités du care et l’investissement social et financier dans des relations familiales, les femmes actives parviennent à atténuer le poids de l’aide et le conflit de rôles (mère, épouse, fille, belle-fille, etc.) qui compromettent leur statut d’aidant. Pour être reconnues, elles ne se limitent plus à une seule relation d’assistance de proximité à leurs parents et beaux-parents vieillissants. Pour leur part, les hommes sont amenés à se déployer sur d’autres formes d’aides que financière (les attentes familiales restant cependant plus fortes dans ce domaine).
Conclusion : Les inégalités de genre et de génération persistent malgré les changements de rôles observés chez les aidants. La figure de l’aîné, qui continue d’être pensée au masculin, reflète la forte prégnance des normes sociales sur les pratiques, en dépit d’une féminisation importante du travail.
Contribution : Cette recherche contribue à une meilleure connaissance des recompositions des solidarités familiales concernant le vieillissement, sous le prisme des logiques de genre et de génération, en prenant en compte les trajectoires individuelles, de couple et familiales.

Mots-clés: famille, genre, génération, aidant, parentalité, vieillesse, aîné, cadet, solidarité

À travers les âges de la vie : Rabindranath Tagore – fils, père et éducateur (1861-1941) (traduction)
Swapna M. Banerjee

Cadre de la recherche : Cet essai présente Rabindranath Tagore (1861-1941), « l’homme d’esprits innombrables » de l’Inde coloniale, à travers ses « âges de vie » – l’âge du fils, celui du père, celui de l’éducateur – et sa conception d’une éducation et d’une masculinité alternatives. La critique de Tagore de l’éducation coloniale, ses expériences auprès d’institutions, et son curriculum où les arts et l’esthétique morale primaient sur le nationalisme musclé défiaient la culture masculine dominante. Son paternalisme saisissait une « virilité » qui plaçait la subsistance morale et spirituelle au-dessus de toute considération économique ou politique.

Objectifs : En étudiant Rabindranath Tagore, figure iconique de la modernité indienne, l’essai montre la relation entremêlée de sa réalité domestique avec son engagement public dans la justice sociale et l’éducation.

Méthodologie : L’article déploie la méthode de l’analyse textuelle contextualisée et examine une variété de sources littéraires – narrations personnelles, correspondance, conférences, essais.

Résultats : En mettant au premier plan l’importance pour Tagore de la famille, de par ses capacités habilitantes et restrictives, l’essai considère les liens entre la vie familiale du philosophe et la compréhension bengali de l’âge, du genre et de la classe à la fin de l’ère coloniale.

Conclusions : L’essai affirme que la position de Tagore en tant que père biologique et le transfert de son souci affectif sur un groupe plus large d’enfants, auquel il a inculqué un nouveau sens de la liberté, étaient modulés par un sens alternatif de la masculinité.

Contribution : L’essai contribue à notre compréhension du fait que dans un contexte socioculturel et politicoéconomique précis, le rôle des « pères », biologiques et métaphoriques, a atteint une signification accrue en Inde coloniale. Tagore a articulé une masculinité à travers une éducation réformée et laïque. L’observation de la vie de penseurs influents comme Tagore remet en cause la séparation entre privé et public, et fait ressortir la centralité de la sphère domestique dans la politique nationaliste indienne.

Mots-clés: Rabindranath Tagore, paternité, masculinité, virilité, famille, éducation, pédagogie, Inde coloniale

Temporalité trans : identité de genre, temps transitoire et éthique médiatique
Alexandre Baril

Cadre de la recherche: Les notions de « queer time » et « crip time » (temporalités queers et handicapées) en études queers et sur le handicap sont descriptives et normatives. D’une part, ces notions représentent une description des temporalités dominantes (hétérosexuelles ou non handicapées) versus hors normes (queers ou handicapées). D’autre part, elles proposent sur le plan normatif une critique des temporalités dominantes.
Objectifs : Cet essai explore, sur le plan descriptif et normatif, une troisième temporalité marginalisée ; celle des personnes trans.
Méthodologie : À partir d’une méthodologie autoethnographique et d’une approche intersectionnelle, cet article croise les analyses sur les âges de vie, les genres (cisgenres versus transgenres) et les temporalités sociales marginalisées afin d’étudier la temporalité trans et ses implications pour les représentations médiatiques des personnes trans.
Résultats : Je soutiens que certaines personnes trans sont amenées à vivre, à travers des conjonctures personnelles, communautaires et sociales/médiatiques, une temporalité de « surexposition » les poussant à se dévoiler. Bien qu’il s’agisse d’un moment transitoire, ce dernier est souvent exploité par les médias.
Conclusions : Je propose d’abord un historique des notions de temporalités queers et « crip » et indique comment celles-ci s’apparentent aux temporalités trans. Ensuite, je m’attarde aux spécificités des temporalités trans et montre qu’elles sont marquées par un temps de surexposition. Enfin, j’expose comment ce temps de surexposition est l’objet d’une surexploitation par les médias. Je réfléchis en conclusion à une éthique médiatique sensible aux groupes marginalisés.
Contribution : Cet article dégage les apports épistémologiques et heuristiques des temporalités marginalisées, notamment trans, pour les réflexions sociologiques sur le temps et les âges de vie et constitue une contribution pour les études de genre, trans et du handicap, ainsi que pour l’éthique des médias.

Mots-clés: temporalité, transgenre, identité de genre, théories trans, théories queers, théories sur le handicap, intersectionnalité, médias, autoethnographie, âge

Genre, âges de la vie, parentalité et dynamiques familiales : croisements et perspectives de recherche en histoire contemporaine du Québec et du Canada
Marie-Laurence B. Beaumier

Cadre de la recherche: L’article revient sur l’émergence et le développement de l’histoire du genre et de l’histoire des âges de la vie, qui ont connu un rayonnement important depuis les années 1960 et 1970.
Objectifs : L’article propose un bilan des impacts de la prise en compte des rapports de genre et d’âge dans la recherche en histoire au Québec et au Canada depuis une quarantaine d’années. À partir d’une synthèse critique, il s’interroge sur les imbrications entre le genre et les rapports d’âge, et les possibilités analytiques qu’elles offrent.
Méthodologie : Il s’agit d’une recension des écrits et d’une réflexion historiographique.
Résultats : La réflexion porte d’abord sur les avancées récentes, ensuite sur les avenues et les perspectives de recherche que les arrimages entre genre et âges de la vie ne laissent encore qu’entrevoir dans la recherche historique. La deuxième section de l’article souligne quelques pistes théoriques et conceptuelles qui se dégagent de cette grille d’analyse afin d’étudier l’histoire de la parentalité et des dynamiques familiales dans une perspective nuancée et critique.
Conclusions : La synthèse met en lumière les lacunes qui persistent dans l’historiographie québécoise et canadienne quant à l’arrimage des rapports de genre et d’âge, et ce, notamment dans le champ de l’histoire des familles. Pour pallier les lacunes identifiées au fil de la réflexion historiographique, l’article réitère l’importance et l’intérêt d’une approche intersectionnelle, qui rend compte de la complexité des dynamiques à l’œuvre dans la production des rapports de pouvoir et de domination.
Contribution : Tout en proposant une revue de la littérature, l’article attire l’attention des lecteurs sur des zones de recherche encore peu développées, et plus particulièrement sur les possibilités analytiques offertes par la notion de parentalité et l’approche des parcours de vie.

Mots-clés: âge, approche socio-historique, intersectionnalité, famille, genre

Les mobilités résidentielles des femmes à la retraite : entre réajustements contraints et aspirations nouvelles
Mathilde Bigo

Cadre de la recherche: Les résultats exposés dans le présent article sont le fruit d’une recherche doctorale réalisée à l’université Rennes 2 et dont la thèse a été soutenue en 2015.
Objectifs : Cet article interroge, dans une perspective genrée, les mobilités résidentielles des femmes âgées, en différenciant les mobilités qui se déroulent avant la mise en retraite de celles intervenant après la retraite.
Méthodologie : En s’appuyant sur un échantillon de 21 femmes âgées de 62 à 91 ans habitant des communes littorales en région Bretagne, des analyses ont été effectuées concernant les évènements qui constituent des transitions dans le parcours de vie, pour comprendre les causes données aux mobilités résidentielles : temps libre, veuvage, maladie.
Résultats : La mise en retraite est, pour certaines, l’occasion de renégocier les rapports de pouvoir au sein du couple, lorsque la vie maritale avait imposé de suivre les mobilités du conjoint. Pour d’autres femmes, seules, la mobilité résidentielle de retraite est une mobilité dépourvue de contraintes salariales et familiales. Pour autant, la mobilité résidentielle n’est pas toujours choisie. Elle peut, au contraire, être forcée par le manque de ressources financières lors du veuvage, par le besoin de se rapprocher des services, ou encore par un nécessaire réaménagement de l’architecture intérieure du logement.
Conclusions : L’analyse des mobilités résidentielles des femmes à la retraite révèle que les rapports sociaux de sexe sont prégnants dans les modalités de choix résidentiel et que les caractéristiques de la ville, en plus de celles du bord de mer, sont largement structurantes dans le choix de résidence.
Contribution : En croisant les problématiques liées au genre et à l’avancée en âge, et en les inscrivant spatialement, cette recherche en géographie sociale met l’accent sur la façon dont le nouvel espace de vie, à l’heure de la vieillesse, peut devenir ressource voire possibilité d’émancipation.

Mots-clés: vieillissement, retraite, genre, femme, mobilité

Masculinités vieillissantes à l’épreuve du cancer de la prostate
Louis Braverman

Cadre de la recherche: Maladie de l’homme vieillissant, le cancer de la prostate est en moyenne diagnostiqué autour de 70 ans au sein de la population française. Très fréquent, ce cancer implique une intervention médicale dans le domaine de l’intime et affecte le quotidien de nombreux patients.
Objectifs : Prenant pour objet le vécu du cancer de la prostate, cet article vise, plus précisément, à interroger l’imbrication de l’âge, du genre et de la sexualité dans l’expérience de cette maladie.
Méthodologie : L’enquête repose sur l’articulation d’observations ethnographiques au sein du milieu hospitalier avec des entretiens semi-directifs menés auprès de patients, de proches et de professionnels.
Résultats : Les résultats concernent deux dimensions de l’expérience du cancer de la prostate. La première renvoie au rapport que les patients entretiennent avec les pratiques et discours biomédicaux. La relation de soin est alors décrite comme étant structurée par les catégories d’âge et de genre. La seconde dimension de l’expérience du cancer de la prostate étudiée dans cet article se rapporte aux conséquences identitaires et biographiques entrainées par la maladie. Les répercutions qui touchent à la définition subjective du vieillissement ainsi qu’aux rapports et identifications de genre sont exposées dans leur pluralité.
Conclusions : Au final, la perspective qui consiste à interroger l’imbrication des normes d’âge, de genre et de sexualité dans l’expérience du cancer de la prostate permet de rendre compte des tensions auxquelles sont confrontés les sujets en situation de vulnérabilité.
Contribution : De même, l’adoption d’un cadre d’analyse intersectionnel contribue à nourrir la réflexion sur le croisement de l’épreuve de la maladie avec l’épreuve du vieillissement au masculin.

Mots-clés: cancer, âge, genre, vulnérabilité, approche qualitative

L’alternance et ses moments. Âge, genre et temporalités de la résidence alternée
Benoît Hachet

Cadre de la recherche: L’organisation temporelle de la résidence alternée, qui est une configuration de l’après-séparation conjugale, dans laquelle les parents partagent de façon paritaire le temps de résidence de leurs enfants, ce qui implique qu’ils aient des domiciles proches.
Objectifs : Interroger ce que l’âge et le genre font à l’organisation temporelle de la résidence alternée. Les temporalités considérées sont celles de l’expérience quotidienne de la résidence alternée, mais aussi celles des temporalités biographiques. Il s’agit d’interroger les différents moments de l’alternance – la mise en place, les transformations du cadre temporel dans la durée, ou les sorties de cette organisation – au regard de l’âge et du genre des enfants comme des parents.
Méthodologie : L’enquête repose sur l’analyse de 45 entretiens semi-directifs menés avec des parents séparés, ce qui correspond à 34 situations de résidence alternée. Les participants à l’enquête ont été recrutés sur l’ensemble du territoire national français.
Résultats : Lorsque les enfants sont jeunes, la différence genrée des compétences parentales pèse sur l’entrée en résidence alternée. Quand les enfants grandissent, leur poids augmente dans la transformation des organisations temporelles, et les relations de genre entre les parents et leurs enfants influencent ces changements. Quand les parents vieillissent, leur « univers des possibles » se réduit, ce qui peut rendre plus difficilement supportable la contrainte spatio-temporelle de l’alternance.
Conclusions : Les différences de genre entre les parents pèsent plus sur les organisations quand les enfants sont jeunes, alors que les différences de genre entre les parents et leurs enfants semblent peser davantage quand ces derniers sont plus âgés.
Contribution : Cet article souligne l’importance de penser les relations de genre entre les ex-conjoints ou entre ces derniers et leurs enfants, de façon dynamique, puisqu’elles se transforment dans la durée.

Mots-clés: résidence alternée, âge, genre, parentalité, temporalité

Les réformes de la prévoyance vieillesse vers plus d’égalité et leurs conséquences ambivalentes sur les rapports de genre à la retraite : l’exemple de la Suisse
Caroline Henchoz

Cadre de la recherche: S’inspirant des débats européens sur l’individualisation des droits sociaux, la 10e révision de l’assurance-vieillesse et survivant suisse (AVS) introduit un accès individuel et universel à la prévoyance vieillesse. Désormais, elle est moins rattachée au salariat et au mariage, ce qui, dans un pays où la majorité des femmes travaillent à temps partiel, a été perçu comme une avancée en matière d’égalité.
Objectifs : Cet article a pour but d’évaluer cette avancée.
Méthodologie : Il se fonde sur des statistiques et une trentaine d’entretiens menés auprès de retraité∙e∙s pour analyser les dispositifs de mise en œuvre de cette révision et en mesurer les effets.
Résultats : Il montre que cette réforme peine à instaurer l’égalité. L’interprétation de la norme égalitaire et de la solidarité maritale dans les dispositifs de mise en œuvre contribue à perpétuer les inégalités économiques entre les sexes au moment de la retraite. Au niveau des ménages, cela conforte une économie domestique bâtie sur la complémentarité des rôles de genre. Grâce aux rentes individuelles, les femmes bénéficient d’une indépendance économique parfois inédite, mais elles vont en faire usage selon la logique du care dans laquelle elles ont été socialisées. Certes, elles gagnent du pouvoir en œuvrant pour le bien-être de leurs proches. Cependant, il s’agit d’une autonomisation « à la marge », car cet usage genré de l’argent ne remet pas en question les rapports de pouvoir au sein du couple.
Conclusions : Autrement dit, une politique qui promeut l’égalité de traitement ne suffit pas à atteindre une égalité de résultats si elle n’introduit pas des mesures pour corriger les effets de parcours de vie fortement sexués.
Contribution : Cet article contribue aux recherches sur le genre, les âges de la vie et les politiques publiques en discutant des effets de l’une d’entre elles sur le groupe-cible des retraités et en révélant les mécanismes individuels et institutionnels de résistance aux changements et de perpétuation des inégalités, ce malgré la volonté du législateur.

Mots-clés: politique publique, cycle de vie, genre, âge, temporalité

La construction de figures de la dépendance problématique par les politiques sociales à l’aune du genre et de l’âge
Anne Perriard

Cadre de la recherche : Cet article cherche à saisir les processus de catégorisation et de hiérarchisation à l’œuvre dans des politiques sociales spécifiques
Objectifs : En analysant la formulation et la mise en œuvre de politiques de l’emploi dans un canton suisse en direction de trois catégories de parcours de vie que le politique nomme les « jeunes adultes en difficulté », les « familles pauvres » ou les « chômeurs âgés », cet article propose d’explorer l’articulation des rapports sociaux d’âge et de genre qui participent à produire des figures de la dépendance problématique.
Méthodologie : La recherche, conduite au sein de Pôle de recherche LIVES, s’appuie sur l’analyse de discours de deux groupes d’agent·e·s : d’une part les élu·e·s chargé·e·s d’élaborer les lois et d’autre part le personnel du travail social mettant en œuvre ces lois dans ses pratiques professionnelles. Il a été demandé aux personnes interviewées de décrire trois situations qui leur paraissaient emblématiques de leur travail auprès des trois catégories cibles de politiques sociales. Cette méthodologie a l’avantage de faire apparaître des catégories sociales absentes de la formulation des politiques.
Résultats : L’analyse met en lumière que les formes de dépendance à l’État ne sont pas toutes perçues comme problématiques, certaines étant normalisées en fonction de leur conformité aux normes du parcours de vie traditionnel constitué de la triade formation-emploi-retraite.
Conclusions : L’analyse montre que les significations données aux notions d’autonomie et d’indépendance varient en fonction de l’âge et du genre.
Contribution : L’originalité de cet article réside dans le fait de réunir et de comparer trois catégories de l’intervention sociale qui représentent trois étapes du parcours de vie traditionnel.

Mots-clés: âge, genre, autonomie, problèmes publics, analyse de discours, politique publique

Commentaires des jeunes sur une économie en croissance : échos de la Nouvelle-Zélande de 1884 à 1914 (traduction)
Sherry Olson, Peter Holland

Cadre de recherche : Durant les trente années qui précèdent la Grande Guerre, l’expansion de l’économie mondiale engendre de nouvelles possibilités et de nouvelles contraintes pour les enfants et les adolescents, comme pour les adultes. Cependant, l’avis des mineurs sur leurs expériences de travail est peu documenté dans les sources écrites.

Objectifs : Afin de découvrir les changements sociétaux qui ont affecté les jeunes, nous examinons la « page des enfants » d’un hebdomadaire rural de l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande. Le point de vue des jeunes est essentiel à l’interprétation des trajectoires déduites des sources plus conventionnelles disponibles dans un contexte urbain nord-américain (Montréal, Québec).

Méthodologie : À partir du site web d’archives PapersPast, nous avons recueilli 12 000 lettres de jeunes âgés de 6 à 19 ans, publiées entre 1886 et 1909, et extrait leurs commentaires sur deux sujets populaires : le travail qu’ils effectuaient (avec ou sans rémunération), et leurs maux de dents.

Résultats : Les lettres nous informent des tâches assumées par les jeunes selon leur âge, leur sexe, la saison, la routine quotidienne et la structure familiale. Les changements dans la distribution des tâches entre 12 et 14 ans – changements qui coïncident avec une poussée de croissance et, pour la majorité, avec la fin de la scolarité – ont suscité des discussions à propos des comportements genrés et, chez les filles, de la résistance face à l’imposition d’un calendrier de leur passage à la vie adulte.

Conclusion : La saisonnalité des tâches confiées aux enfants témoigne d’une contribution méconnue à l’économie rurale, cette dernière faisant partie du paysage de l’approvisionnement alimentaire industriel à l’échelle mondiale. La réaffectation du travail des jeunes se révèle continue et négociable.

Contribution : Le foisonnement de l’information et des opinions contenues dans les lettres incite à étendre davantage l’expérimentation avec les sources journalistiques, afin de reconnaître la participation des groupes sociaux dont la contribution à la croissance économique demeure sous-estimée.

Mots-clés: lettres d’enfants, analyse de contenu, travail des enfants, histoires de vie, Nouvelle-Zélande, Montréal, adolescent, travail, ferme

L’anticipation de la vieillesse, le rôle du genre et le discours politique en France au dix-neuvième siècle (traduction)
Stacey Renee Davis

Cadre de la recherche : En 1881, la Troisième République française allouait des pensions viagères à presque 25 000 vieux citoyens, comme réparation de l’oppression politique qu’ils avaient subie trente ans auparavant sous le régime précédent. Afin de recevoir une pension, chaque ancien proscrit, sa veuve ou ses enfants, devait décrire sa peine et les répercussions multigénérationnelles de ce châtiment dans une pétition.
Objectifs : Cet article décrit le consensus de l’administration républicaine et d’une partie de ses fidèles partisans (artisans, paysans ouvriers et commerçants des petites villes) sur la définition de la vieillesse, sur ce qu’on espérait du bon déroulement des dernières années de la vie, et sur la façon dont le genre affectait à la fois l’anticipation et l’expérience de la vieillesse.
Méthodologie : L’analyse historique et qualitative des fonds aux Archives nationales de France et aux Archives départementales de l’Ain, de l’Allier, de la Drôme, de l’Hérault, du Rhône, de la Saône-et-Loire, du Vaucluse, et de l’Yonne.
Résultats : L’analyse montre que les demandeurs de pension orientaient leur pétition sur une idée précise des rôles de genre et d’âge pour renforcer leur droit à une pension basée sur leur double statut de héros républicain et vieillard indigent digne de l’aide gouvernementale.
Conclusions : L’analyse montre que les demandeurs de pension s’appuyaient sur une vision commune de la vieillesse, dont le point de départ était lié au sexe de l’individu. Cette conception de la vieillesse comprenait l’attente que les vieillards devaient travailler sans relâche, jusqu’à épuisement physique total, alors que l’idée de vieilles femmes au travail était gênante et entachait les valeurs républicaines. Les demandeurs de pension estimaient que les pensions procureraient une vieillesse digne aux proscrits autant qu’à leur veuve, en annulant l’instabilité des rôles de genre enclenchée par l’oppression politique trente ans auparavant.
Contribution : Cet article contribue à l’avancement des recherches sur la perception de la vieillesse et des rôles de genre à la fin de la vie en France à l’orée de législations sociales sur le continent européen.

Mots-clés: âge, corps, démocratie, France, genre, pensions, 19e siècle




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